"La Femme qui boit
Ne vous moquez jamais
De la femme qui boit !
D'ailleurs, elle ne boit pas,
Elle s'éponge le coeur
Pour tenter d'adoucir
Des blessures anciennes
Dont elle n'a souvenir
Que par bribes incertaines.
Si elle boit toute seule
C'est qu'elle s'est fabriquée
Une prison sans murs
Ni barreaux, ni fenetres
Dont la porte est fermée
A double et triple tour
Et dont elle ne sait plus
Ou elle a mis la clef.
Des heures durant elle boit,
De la bière au whisky
Du whisky à la bière
Elle se remplit d'alcool
Sans le moindre plaisir
Pour connaitre l'ivresse
Qui seule peut effacer
La laideur de sa vie.
Quand l'alcool lui aura
Donné de fausses ailes
De fausses raisons de vivre
Et de fausses espérances
Elle remplira de larmes
Son verre déja vide
Et se saoulera de pleurs
Ce vin au goût salé.
Après s'être enivrée
Et saoulée de tristesse
Il ne lui restera
Qu'a tendre un dernier verre
Pour le remplir de honte
Cette liqueur amère
Qui peut faire pire encore
Que tout l'alcool du monde.
Et toute honte bue,
Elle rentrera chez elle
Hideuse et titubante
Sous le regard moqueur
De ceux là et de celles
Qui la montre du doigt
Mais qui ne savent rien
Du malheur de la vie.
Ne vous moquez jamais
De la femme qui boit !
Ne l'éclaboussez pas
De sourires méprisants !
Aidez-la simplement
A retrouvez sa clef
Pour qu'elle ouvre sa porte
Au vent de liberté.
Daniel Pasquier
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